Nicolas LANDY

Tribune de Nicolas Landy pour LMRC

279388_dscf8028-bisUn programme citoyen à la hauteur des enjeux…

L’extraordinaire révolution numérique de ces 20 dernières années peut amener l’accès à la connaissance pour tous. Encore faut-il que ses bénéficiaires, et notamment les jeunes, soient accompagnés dans leur utilisation des écrans pour en déjouer les risques –avérés -les plus lourds:  altération du développement cognitif (surtout chez les petits placés devant les écrans) ; diminution des capacités de concentration et d’imagination ; troubles  liés à l’inactivité physique (obésité…); diminution du temps de sommeil (ados notamment) ; banalisation de la violence ; tendance au règlement direct des conflits sans médiateur ; exposition aux messages prônant l’exclusion et la radicalisation ; dégradation de la relation garçon/fille ; développement des stéréotypes ; troubles liés à la perte de la sphère intime (harcèlement via les réseaux sociaux…) ; pillage des données personnelles ; tendance au voyeurisme et à l’exhibitionnisme ; vulnérabilité aux fausses informations et aux rumeurs ; comportements excessivement «consuméristes» avec sentiments d’exclusion/frustration en cas d’accès limité à certains biens ; promotion de l’exclusion ou de la tromperie récompensée (émissions de téléréalité…) ; réduction des échanges interpersonnels à des échanges utilitaires, diminution des capacités de patience et de persévérance ; perte de repères (fictif/réel, communication primant sur les contenus) ; etc…

Un tel accompagnement (primordial pour une citoyenneté désormais numérique !) des jeunes, aujourd’hui, n’est encore fait que trop ponctuellement. En gestation dès 2009 (il y a 7 ans…) et lancé par un premier vote du Conseil Municipal du 3/12/2012, le programme manceau d’Education aux Médias (EAM) devait l’installer et la pérenniser en 3 ans, sur tout le parcours éducatif des enfants de la Ville, dans et en dehors de l’école. Ceci n’a jamais été tenté nulle part en France. Comment ?

–par le transfert d’expertise de spécialistes reconnus au niveau local, mais aussi national et européen vers les éducateurs manceaux qui en auraient besoin.

-par l’organisation en réseau de toutes les structures mancelles qui accueillent des enfants, y compris les associations culturelles et sportives. Beaucoup d’entre elles faisant déjà de l’éducation aux médias, ce réseau devait permettre un partage permanent des bonnes pratiques entre éducateurs sur le sujet et assurer que son très large spectre soit intégralement couvert au fur et à mesure du développement de l’enfant.

En trois ans ce réseau devait aussi mettre en capacité tous les parents manceaux de savoir à partir de quel âge ils autorisent l’accès aux écrans à leurs enfants, pour combien de temps/jour, pour quel contenu, avec quel niveau d’accompagnement. Quel parent ou grand parent ne se pose pas ces questions ?

Le programme se construisait sur 3 axes :

  1. développement de l’esprit critique, de la capacité de mise en mot des émotions, de réflexion et de « tri» des contenus accessibles par les écrans,
  2. messages de prévention (violence, pornographie…),
  3. valorisation des activités artistiques et culturelles alternatives.

Ce programme était multi-secteurs, multi-acteurs, intergénérationnel (le conseil Jeune et le Conseil des sages devaient s’en saisir). L’Etat s’est fortement intéressé à cette expérimentation au point que les Ministères de la Culture, de l’Education Nationale et de l’Intérieur décident de s’y engager et de le soutenir financièrement de sorte que la contribution sollicitée de la ville n’était que de …20.000 E sur les 73 400 E de budget annuel (prévu sur 3 ans). Des mutuelles d’assurances et des PMEs locales souhaitaient co-financer également ! On imagine, dans le contexte actuel, l’aura que la Ville pouvait tirer d’un tel programme de portée nationale, initié et construit par des élus qui avaient anticipé les besoins d’une société en pleine mutation, bref, des élus qui avaient fait leur job.

…Miné par un fonctionnement discutable de la démocratie locale.

Pour des raisons toujours inconnues, le Maire du Mans a retardé puis systématiquement bloqué le programme, malgré l’insertion de l’EAM dans le programme officiel de la majorité municipal aux élections de mars 2014 et… deux nouveaux votes favorables du Conseil Municipal les 26/02 et 12/11/2015 ! Son dernier refus d’inscrire 20 KE au budget 2016 a fini par entrainer ma démission de toutes mes délégations le 12 janvier (voir l’extravagante genèse sur landyblog.com). Pour tenter de sauvegarder la mobilisation des partenaires (et les co-financements annoncés !), j’ai demandé au Maire par écrit le 9 février, avec copie à mes collègues de la Majorité, que le programme puisse faire l’objet d’une délibération au Conseil du 25 février, qui soit traduise l’engagement clair de la Ville, soit l’abandon du programme. Mais le Maire a refusé toute inscription à l’ordre du jour, sans que ceci provoque la moindre interrogation dans la majorité, à l’exception du groupe des Verts.

Quelques jours seulement après des « Carrefours de la pensée » dédiés à la Démocratie, la pratique mancelle peut surprendre :

Comment un seul homme, fût-il le premier Magistrat de la Ville, peut-il par sa seule volonté entraver la mise en œuvre d’un programme qui fait consensus jusqu’au plus haut niveau de l’Etat, dont les manceaux lui ont confié la mise en œuvre en mars 2014 et pour lequel son propre Conseil municipal l’a par trois fois expressément mandaté ? Comment ce comportement ne peut-il susciter aucune réaction d’une majorité dont le mutisme surprenant a été relevé en séance, en des termes peu amènes, par un élu de l’opposition ? On doit espérer que cette majorité se reprenne…mais il est sans doute trop tard, malheureusement pour tous les jeunes manceaux et tous ceux qu’un jour ils dirigeront ou encadreront. De l’irresponsabilité politique…

 

Nicolas LANDY 2013-2016

Mise en ligne du 27 mars 2016